Le SABLE

La lutte contre l'ensablement : le système "BOFIX"
(d'après un article de Jean MEUNIER, Pierre ROGNON, Agronomes, BP 4255, Nouakchott, Mauritanie, dans Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 11, Numéro 4, 309-16, Décembre 2000, Erosion, dunes, Copyright © 2003 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés).

Une méthode écologique pour détruire les dunes mobiles
Résumé : Les techniques actuelles de lutte contre l’ensablement ont été mises au point pour arrêter et fixer des nappes de sable en saltation (chasse-sable). Mais leurs dispositifs sont rapidement submergés par l’arrivée de dunes mobiles, surtout lorsque celles-ci proviennent d’un massif dunaire qu’il faut fixer également. Actuellement deux méthodes sont développées pour répondre à ce nouveau risque. L’une, expérimentée en Iran en particulier, fait appel aux techniques les plus modernes : nivellement des dunes, aspersion d’hydrocarbures, ensemencement par avion. L’autre, expérimentée en Mauritanie à partir de la méthode BOFIX (Sécheresse, 1995 ; 2) utilise la force du vent pour détruire les dunes longitudinales. Dans un premier temps, la dune est sectionnée au niveau de ses points d’inflexion et son extrémité est effacée par simple déflation. Puis les portions restantes sont remaniées au niveau des crêtes et sur les flancs pour accroître leur volume dans le but de stocker le sable encore mobile et d’accroître le réservoir d’humidité, nécessaire ensuite au boisement de la dune. La dernière étape consiste à boiser ces dunes artificielles par la plantation de lignes d’arbres jumelées en vue de leur fixation définitive. Cette seconde méthode est, à la fois, plus économique, plus facile à exécuter et plus écologique que la méthode « industrielle ».

Photo 1. Chantier de nivellement des dunes en Iran : un bulldozer remorque une citerne qu'un camion-citerne est en train de remplir du liquide spécialement fabriqué à partir des hydrocarbures.

Photo 2. Après nivellement, des lances pulvérisent le liquide sur le sable dunaire de façon à recouvrir toute la surface d'un mulch continu.

Photo 3. En Mauritanie : partie sommitale d'une dune longitudinale en cours de fixation : deux barrières filtrantes contribuent à l'édification des deux contre-dunes qui stockent le sable apporté latéralement par le vent (le vent venant de gauche prédominait lors de la prise de vue) à la fois dans les bourrelets latéraux et dans le couloir central. Les jeunes arbres qui viennent d'être plantés sont encore soumis à l'ensablement (à gauche) ou à la déflation (à droite), mais leur protection a été considérablement renforcée. Enfin, des barrières filtrantes, perpendiculaires à l'axe de la dune, bloquent les sables qui migrent sur les flancs et contribuent à l'épaississement recherché de la dune artificielle.

Photo 4. Aménagement des flancs des dunes artificielles : des barrières filtrantes noires fixées sur des tiges de Callotropis procera fixent les sables en migration pour accroître le volume de la dune. Au contraire, dans le couloir interdunaire, des barrières-écrans (films blancs de polyéthylène) canalisent le vent dans l'axe du couloir et l'obligent à désensabler le fond des couloirs pour y aménager des pistes carrossables.

Photo 5. Vue aérienne du dispositif BOFIX de fixation des dunes. Sur les crêtes, deux lignes d'arbres parallèles bloquent le déplacement saisonnier de la crête des dunes (qui est visible là où les dunes n'ont pas été aménagées). Sur les flancs, les barrières filtrantes arrêtent le sable en migration et le stockent sur place tandis que, dans les creux interdunaires, des barrières-écrans accélèrent la déflation et dégagent un sol dur pour la circulation automobile.

 

Figure 1. Dynamique des dunes longitudinales et techniques de destruction : (I) La structure du massif dunaire à l'est de Nouakchott. (II) Les dunes longitudinales sont modelées alternativement par deux vents obliques. (III) Le changement du profil transversal de la dune avec l'alternance saisonnière des vents. (IV) Le sectionnement des dunes et l'effacement de leur pointe par l'action turbulente du vent à l'aval de barrières-écrans.

Figure 2. Édification des dunes artificielles. (A) Le stockage du sable. (B) Plantation des lignes d'arbres. C - Le filet de protection.

Figure 3. L'humidité dans les dunes en fonction de leur stabilité. (A) L'eau de pluie qui s'infiltre dans une dune mobile est dissipée par évaporation lors de la migration de la dune. (B) Dans une dune longitudinale fonctionnelle, seule une partie de cette humidité est conservée à l'intérieur de la dune. (C) Dans une dune fixée, celle-ci devient une réserve d'humidité bien plus importante.

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