Quelques éléments d'information sur les modes de vie passés et actuels des populations du SUD Saharien Tunisien

D'après un article de :
Mohamed Talbi, Najet Ben-Mansour, Khaled Talbi
Observatoire Intégré des Zones Arides et Désertiques, IRA, Medenine.4119 (Tunisie)
E-mail : Mohamed.Talbi@ira.rnrt.tn
"CHANGEMENTS DES MODES DE GESTION DES RESSOURCES
ET CONSEQUENCES ENVIRONNEMENTALES
MILIEU ARIDE ET SAHARIEN
CAS DE LA JEFFARA, DES OASIS DU NEFZAOUA ET DU
SEHIB, SUD DE LA TUNISIE"

INTRODUCTION
La région d'étude, située dans le Sud de la Tunisie (Figure 2) est sujette à une désertification intense, avec
des conséquences désastreuses sur le milieu physique et humain.
Dès 1972 en effet, à l'occasion du séminaire de Gabès, les études concernant ce phénomène commencèrent
à dresser un constat alarmiste et DREGNE (1977), dans sa carte de l'état de désertification dans le monde,
considère la région aride tunisienne comme souffrant d'une désertification sévère ; et la seule zone en Afrique
classée comme souffrant de désertification très sévère est située dans le Sud de la Tunisie.
D'autre part, les sources historiques s'accordent à dire que cette région a de tout temps été une zone de
peuplement et de passage entre la mer et le continent africain (commerce caravanier), et entre le Nord et
l'extrême Sud et l'Orient (MZABI, 1988).
Les mêmes sources rapportent qu'à l'exception de courtes périodes de l'histoire (occupation romaine,
invasions hilaliennes), un certain équilibre entre l'homme et son milieu semblait respecté.
Que s'est-il donc passé, pour que le Sud de la Tunisie connaisse une phase de dégradation de
l'environnement, jusque là sans précédent ?
S'agit-il d'une crise due à une sécheresse prolongée, comme on a pu le croire au début des années 1970 ? Ou
d'un phénomène où l'action anthropique joue le rôle principal ?
Les caractéristiques climatiques (longue saison sèche, déficit hydrique important), édaphiques (sols hérités
et fragiles), et floristiques (végétation steppique pauvre) ; semblent à première vue disposer cette partie du
territoire tunisien à la désertification.
Or d'après la plupart des travaux de recherches (RAPP et al., 1976 ; KHATTELI, 1981 ; FLORET et al.,
1982 ; J'GIRIM, 2000), les conditions climatiques et édaphiques n'ont pas connu de grands changements
pendant les deux derniers millénaires ; et qu'il fallait plutôt chercher les principales causes de la dégradation du
coté de l'action anthropique, due elle-même aux transformations du mode de vie des populations.
D'autre part, les études sur l'évolution du mode de vie des populations et ses conséquences sur l'utilisation
des ressources sont nombreuses (LOUIS, 1979). Les recherches faites sur le sujet, notamment à l'Institut des
Régions Arides (OMRANI, 1982 ; BOUHAOUACH, 1983 ; ABAAB, 1981/1984 ; NASR, 1993 ; TALBI, 1983
à 1993 ; MEAT, 1996 ; TALBI, 2000) reconnaissent trois phases clés, à savoir :
· une phase nomade ou d'équilibre, allant du 11è jusqu'à la fin du 19è siècle ;
· une phase semi-nomade, ou début de déséquilibre, commençant avec la colonisation française ;
· une phase sédentaire ou de rupture totale des règles qui liaient l'homme à son environnement.
Dans ce qui suit, on se propose de rappeler les événements importants de ces différentes périodes et de
dégager leurs impacts sur la dynamique environnementale de la région d'étude.

DE LA GESTION COLLECTIVE A L'EXPLOITATION INDIVIDUELLE DES RESSOURCES
Il s'agit de rappeler les grands traits des règles de conduite de l'homme envers son environnement naturel.
On parlera alors de la phase nomade, puis coloniale.
La phase nomade
Pendant la période qui s'étendrait depuis l'invasion hilalienne (11ème siècle) jusqu'à la fin du 19è siècle, les
tribus nomades vivaient sur les parcours localisés entre les régions naturelles des Matmatas et la côte pour les
populations de la Jeffara, et ceux situées entre le Dahar, l'Erg et Le Gherib pour les nomades du Nefzaoua
(Figure 2).

Ces populations pratiquaient un élevage extensif de brebis, de chèvres et de chameaux, suivaient la pluie et
se déplaçaient sur l'ensemble du territoire. Elles n'avaient pas pour ainsi dire de territoire fixe
(BOUHAOUACHE, 1983).
L'économie régionale était agro-pastorale dans l'ensemble, si on considère que l'activité pastorale des
nomades était dominante, mais que son maintien était conditionné par l'activité agricole des sédentaires dans les
monts de Matmata et la presqu'île de Kebili et qui fournissaient aux nomades une partie de leurs besoins
alimentaires.
A l'intérieur d'une tribu (comme Nefzaoua) ou d'une confédération de tribus (comme Ouerghemma), les rapports
entre les différents membres étaient régis par l'esprit de clan, qui consistait en l'adhésion de tous les membres de
la tribu aux choix et aux décisions touchant le sort de tout le groupe social (ABAAB, 1984).
Les conséquences sur le milieu, ont été notamment l'absence de sédentarisation en dehors de la presqu'île de
Kebili, des Matmatas et Jerba. Aussi la Jeffara, comme le Nefzaoua, étaient des aires de nomadisme pour les
tribus, et celles ci avaient une autosubsistance leur assurant une certaine autonomie par rapport au monde
extérieur.
Il s'agissait comme le souligne ABAAB (1984), " d'un système autarcique et précaire, mais
remarquablement adapté aux exigences et contraintes du milieu aride, à cause de la mobilité constante des
tribus, et l'absence d'entraves juridiques ou politiques (frontières) aux déplacements de l'homme et du
troupeau" ". Dans pareil système donc, l'utilisation des terres et la recherche de subsistance se faisaient à
l'échelle des générations. Là où il ne pleuvait pas beaucoup, une agriculture en sec (céréales) ou une activité
pastorale démarrait dans d'autres endroits plus arrosés. Cette intégration du pâturage et des cultures à
l'écologie des terres, a pu se maintenir durant des siècles.
Mais ce système allait être perturbé vers la fin du 19ème siècle, avec l'arrivée de la colonisation française
dans le Sud tunisien.
L'époque semi-nomade ou coloniale
Cette partie du territoire tunisien fut déclarée " zone militaire " par les autorités coloniales. Aussi, l'armée
du protectorat, pour maintenir les tribus en main, se devait de contrôler leurs déplacements. Cette politique allait
déclencher un processus de destruction des systèmes de production et des structures sociales nomades ; avec
notamment la mise en place de programmes de fixation systématique des populations, la création de nouveaux
systèmes de production agricoles, et l'introduction de l'échange monétaire.
La sédentarisation devait permettre aux autorités un meilleur contrôle de la population de la région. En vue
de cela, l'armée coloniale a commencé par la privatisation des terres (jusque là indivisibles), et par le
démantèlement des formes d'appropriation communautaires de la terre et des ressources. Cette politique s'est
déroulée en deux étapes (BOUHAOUACHE, 1983).
Tout d'abord il y a eu les opérations de bornage et délimitation de la propriété foncière des fractions de
tribus, afin de les amener à se détacher de leur tribu d'origine. Puis il y a eu un processus de lotissement, c'est à
dire une séparation individuelle des terres, notamment dans la Jeffara.
Ceci a eu pour conséquences "la perte progressive du contrôle par les nomades, d'un moyen de production
fondamental pour la survie de leur mode de vie, à savoir le droit d'usage et a provoqué le démarrage d'un
processus de dégradation de celui-ci" (ABAAB, 1984).
Parallèlement, les autorités coloniales ont crée une série de points d'eau, d'agglomérations et de marchés
agricoles dans la Jeffara et Le Nefzaoua.
Ces premiers noyaux urbains, dotés d'une infrastructure de base (généralement un puits), et d'un réseau de
pistes praticables, vont servir de pôles d'attraction pour les populations nomades.
Pour LOUIS, (1979), cette époque coloniale verra une grande mutation dans la répartition de la population
et de l'activité économique, aussi bien dans la Jeffara que dans le Nefzaoua. Pour ABAAB (1984), cette
politique "visait l'intégration des populations de la région dans l'aire de domination commerciale de l'économie
capitaliste métropolitaine, ainsi que l'ouverture du Sud de la Tunisie aux denrées coloniales (sucre, thé, café,
épices) ; dans le but de transformer progressivement le modèle de consommation des populations locales".
Aussi et devant l'incapacité du milieu de nourrir toute la population, celle-ci va être forcée, face à ce
déséquilibre, à pratiquer différentes formes de migrations saisonnières (d'individus ou de groupes), pour la
recherche de la nourriture, essentiellement dans les régions oléicoles, dattières et céréalières. Il s'agit du cycle de
migration traditionnelle " LA HTAYA "dans la Jeffara , analysé par BOUHAOUCHE (1983).
Pour conclure, cette phase semi-nomade ou coloniale fut caractérisée par :
· la délimitation des terres collectives, jusque là indivisibles ;
· la difficulté de pratiquer la transhumance et le nomadisme ;
· le minage du mode de vie nomade, en le privant des ressources naturelles nécessaires, contraignant ainsi les
populations nomades à la sédentarisation. Ainsi le cheptel, transhumant moins et pâturant sur des zones
limitées, était régulièrement "réduit" par les années de sécheresse. Dans ce contexte et selon
BOUHAOUACHE (1983) " à la suite des sécheresses de 1943, 1947 et 1948, plus de la moitié du cheptel a
été décimée ". ;
· la conquête de la Jeffara et du Nefzaoua, par une nouvelle répartition du peuplement et la transformation du
paysage de la steppe (création d'oasis, cultures irriguées, dry farming, céréaliculture) ;
· le développement d'un mode de production semi-nomade attaché à l'appropriation foncière des terres, et à
l'exploitation intensive du milieu.
Donc on peut considérer que cette période, bien que mouvementée, a pu maintenir un équilibre des
ressources face à l'utilisation par l'homme. Cet équilibre était toutes fois précaire, et sera gravement et parfois
irrémédiablement entamé par l'homme, qui rentrera en conflit avec son milieu, au cours de l'époque sédentaire
(ou actuelle).
Nous nous proposons, dans ce qui suit, d'analyser les transformations survenues dans la Jeffara et Le
Nefzaoua, et leurs conséquences sur la dynamique environnementale, sur l'état des ressources naturelles et la
qualité de vie des populations concernées.

LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE DANS LA JEFFARA
A la date de l'indépendance en 1956, le Sud de Tunisie hérita d'une situation économique difficile (MZABI,
1988). Ainsi à part le secteur agricole, qui employait plus de la moitié de la population active, il n'existait
pratiquement aucune autre activité pouvant constituer une source de revenus "salariés" pour des dizaines de
milliers de chômeurs.
Des périodes fortes, ont toutes fois marqué cette époque :
De 1956 à 1970
Période allant de l'indépendance au début des années 1970, le milieu, bien que se dégradant de façon lente
mais sûre, gardera un semblant d'équilibre. Les raisons de cette évolution doivent être rappelées, vu leur extrême
importance :
- il semble qu'entre 1956 et 1962, un phénomène d'abandon quasi-généralisé des terres et de l'occupation
pastorale a été causé par l'attrait des agglomérations récemment crées (points d'eau, possibilité d'une activité
rémunérée,...), et la migration de milliers d'actifs de la Jeffara et du Nefzaoua vers d'autres régions du pays,
et également vers l'étranger ;
- entre 1963 et septembre 1969, la Tunisie a expérimenté une politique de développement " collectiviste "
qui, mal appliquée, a fini par ruiner le pays, créant un climat de méfiance qui éloigna les paysans du travail
de la terre et de l'activité pastorale.
Le bilan social fut également lourd : la paysannerie est ruinée ; l'exode vers les villes s'est intensifié, et les
chantiers étatiques de lutte contre le chômage étaient incapables de répondre à toutes les demandes
d'emploi.
Les conséquences, sur le milieu physique, ont été de diverses sortes ; allant de l'abandon des plantations qui
risquaient " la collectivisation ", à la baisse de la pression sur le milieu à cause de la régression de la charge
animale (la moitié du cheptel ayant été abattu ou vendu à des prix dérisoires entre 1966 et 1969 (TALBI,
1993).
L'abandon de l'expérience coopérative en 1969, va relancer deux activités très " désertifiantes ". Il s'agit du
retour en force de l'élevage, et le développement du défrichement des terres avec des moyens mécaniques et
une intensité inconnues jusque là ; notamment grâce aux transferts financiers de milliers de travailleurs
originaires de la région, et vivant à l'étranger.
De 1970 à nos jours, et après une courte période d'attente
Ayant succédé à l'abandon du choix coopératif et le retour à la libéralisation de l'économie, l'argent
provenant de l'extérieur jouera un rôle de premier ordre dans la mutation très rapide qu'a connu la Jeffara dés
les années 1970 (NASR, 1993).

 Figure 4 - Les grandes unités paysagères dans
le Jeffara
1 : montagne, 2 : zone de piedmont, 3 : oasis,
4 : plaines sableuses, 5 : plateau encroûté de Médenine,
6 : milieu gypseux salé, 7 : domaine des olivettes,
8 : île de Jerba
Figure 5 - Les causes de la dégradation et
leurs conséquences sur le milieu
1-Causes de dégradation : EP - attribution des terres
collectives, A - extension de l'arboriculture, PL - utilisation
d'outils non appropriés, FL - fréquence des labours (dray
farming) , S - surpâturage, J -Faible entretien des ouvrages,
DC - destruction de la croûte calcaire, U -Urbanisation,
2- Conséquences sur le milieu : DF - défrichement des
parcours, R -régression du couvert végétal naturel, E -érosion
éolienne, H - érosion hydrique, D -formation des dunes
mobiles.
 

Ce pouvoir financier se concentrera essentiellement sur quatre secteurs : la sédentarisation, l'appropriation et
la mise en culture de nouvelles terres, le retour à l'élevage, et la généralisation de la mécanisation. Mais si ces
quatre secteurs cités plus haut témoignent d'un retour à une dynamique économique et agricole régionale, il n'en
demeure pas moins qu'ils constituent les facteurs clefs de la dégradation du milieu dans les grandes unités
paysagères de la Jeffara (Figures 4 et 5).
La sédentarisation
Encouragée par les autorités coloniales puis par celles de l'indépendance, la sédentarisation ne prendra de
l'importance qu'avec l'apport monétaire provenant des travailleurs de la région, émigrés à l'étranger.
En effet, " le premier réflexe " de l'émigré était de se construire une maison en dur, là où se trouve sa terre.
Le résultat est un habitat rural isolé mais dense qui de nos jours, caractérise la Jeffara par rapport à toute
autre région aride du pays. Cet habitat rural en dur, aura pour conséquence directe le maintien d'une présence
humaine et animale permanente sur l'ensemble du territoire étudié ; ce qui se traduira par une pression
importante et continue sur le milieu. De ce fait, ce type de " sédentarisation rurale " est plus préjudiciable au
milieu que l'urbanisation (qui transforme un espace moins important).
L'appropriation et la mise en culture de nouvelles terres
Cette tendance s'est beaucoup accélérée au début des années 1970 ; principalement à cause du début
d'épuration du statut foncier des terres collectives, et du pouvoir d'achat croissant des travailleurs émigrés à
l'étranger.
En effet, le " second réflexe " de l'émigré après la construction d'une maison en dur, est d'accroître son
patrimoine foncier en achetant ou en louant de nouvelles terres, pour y planter des oliviers et pratiquer la
céréaliculture.
Ce type de culture rendra le sol mobile en surface, et détruira le couvert végétal, le privant en outre de sa
réserve d'humus. Ainsi, dans les endroits les plus exposés au vent, les accumulations dunaires se forment
rapidement à partir de ce matériel érodé.
La mécanisation effrénée
Au début des années 1970, après l'abandon de l'expérience coopérative et le retour au travail de la terre,
l'utilisation du tracteur s'était généralisée.
Le remplacement de l'araire ou la charrue à soc, par la charrue à poly-disques entraînera une érosion
hydrique et éolienne importante (avec une perte en sol allant de 50 à 250 tonnes/ha/an, selon les travaux de
l'Institut des Régions Arides), et conduisant rapidement à un paysage désertifié.
KHATTELI (1981) et NOVIKOFF (1983), démontrent que la capacité journalière de labour d'un tracteur est
quarante fois supérieure à celle d'un animal. Par conséquent, cent tracteurs peuvent faire un mal irréparable à
300 000 hectares en une seule campagne de labour dans le cas d'une année pluvieuse.
D'autre part, les études d'inventaire et de suivi de la désertification notamment par télédétection, effectuées
par l'Institut des Régions Arides depuis 1972, rendent bien compte de l'effet dévastateur des outils de travail du
sol et notamment la charrue à disques (TALBI, 1993).
Donc bilan très négatif de la mécanisation qui, utilisant des outils mal adaptés aux conditions climatiques et
édaphiques, a engendré en quelques décennies, des dégâts supérieurs à ceux connus par la région pendant des
siècles entiers.
L'élevage, les terrains de parcours
Le développement du courant migratoire, la sédentarisation systématique des populations et l'extension de la
mécanisation ont entraîné le développement d'un élevage de type nouveau, semi-extensif et " sédentaire ".
En effet, la privatisation des terres collectives et l'extension des zones céréalières, suite à l'emploi des
tracteurs ; ont sensiblement réduit les superficies jusque là réservées au parcours. En outre, la disparition de la
transhumance dans la région a entraîné l'éclatement des grands troupeaux en troupeaux de petite taille (de 20 à
50 têtes).
Auparavant des bergers collectifs, qui rassemblent les animaux de différents propriétaires, pratiquaient une
petite transhumance, ce qui permettait d'exploiter saisonnièrement les parcours encore collectifs relativement
proches des lieux de sédentarisation (un rayon de 15 à 25 km). Ce type de conduite du troupeau permettait, en
année agricole à pluviométrie favorable, au milieu végétal de se régénérer. La pression n'est pas continuelle sur
les mêmes endroits et le bilan n'était pas négatif dans son ensemble.
Les troupeaux " sédentaires " (2 à 20 têtes) issus de l'éclatement des troupeaux collectifs entraîneront, quant
à eux, les conséquences les plus graves sur les ressources du milieu.
Gardés en effet par les vieillards, les femmes ou les jeunes enfants, ces troupeaux pâturent toujours et
continuellement les mêmes endroits, autour des habitations, empêchent ainsi toute régénération du couvert
végétal.
Le résultat est soit une auréole de dégradation et la disparition de toute végétation (croûte mise à nu dans le
cas des formations cohérentes), soit le développement très rapide d'espèces végétales de substitution, à faible
utilité pastorale (comme Astragalus armatus sur les croûtes, et Aristida pungens sur les sols sableux).
Ce type de paysage caractérise les zones limitrophes de l'habitat rural le plus dense où les troupeaux
sédentaires sont les plus nombreux, et notamment le plateau de Médenine.
L'étude de la dynamique du milieu dans la Jeffara entre 1972 et 1985, traduira sur le terrain les
conséquences du passage de l'usage collectif à l'usage individuel des ressources naturelles.
Pour avoir une idée sur les tendances de la dynamique du milieu, la solution a consisté à analyser,
synthétiser et simplifier les documents originaux, en groupant les classes présentant peu d'intérêt pour l'étude,
pour ne garder que les thèmes principaux.
Aussi nous avons opéré un groupage des classes, les ramenant à 5 seulement par date (1972 et 1985), ce qui
nous proposait 25 possibilités de dynamique.
Il est entendu que ce groupage a été fait après l'examen visuel des deux classifications en 12 classes de 1972
et 1985, qui a montré que la dynamique est la plus forte dans la plaine sableuse et le domaine des olivettes.
En conclusion, le facteur anthropique reste toutefois le facteur le plus important, les contraintes physiques et
climatiques ne constituent, dans la plupart des cas, que des facteurs favorables.
Aussi, le paysan, libéré des règles de la collectivité, où la gestion de l'espace vécu n'est pas une intervention
indépendante mais un élément indissociable de l'aménagement régional ; est désormais livré à lui-même, et
devient seul maître de son lopin de terre (HAMZA, 1986).
Pour marquer son appropriation de la terre, le paysan se livrera alors automatiquement à l'arboriculture, soit
en travaillant lui-même, soit en associant une autre personne, par un contrat de " Mougharssa ".
La conservation du patrimoine eau et sol n'étant plus l'affaire de tous, le nouveau propriétaire ou son
" Mougharssi " utilisera (l'argent aidant), des moyens techniques inconnues jusque là (tracteurs notamment)
pour défricher, planter et entretenir, par les labours fréquents, les nouvelles plantations.
A partir de 1972, et compte tenu des zones déjà désertifiées et transformées en dunes mobiles, de nouvelles
terres jusque là intactes et réservées au parcours vont subir une pression qui sera en relation avec la cadence
d'attribution des terres collectives.
Ainsi a été brossée la situation dans la Jeffara, mais qu'en est -il du Nefzaoua ?

LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE DANS LE NEFZAOUA
Comme dans le cas de la Jeffara, le facteur anthropique est ici aussi l'acteur principal de la dynamique
environnementale. Les manifestations se caractérisent par le développement sans précédent des périmètres
irrigués, la réduction des zones destinées au parcours et la salinisation des terres.
Le Nefzaoua se distingue de la Jeffara par des conditions climatiques et édaphiques plus difficiles. Le climat
se caractérise, en effet par une pluviométrie moyenne annuelle inférieure à 100 mm, un vent dominant de
secteur Est souvent violent, de fortes chaleurs estivales, une ETP moyenne de 1600mm/an, entraînant un déficit
hydrique aigu et quasi-permanent.
Toutefois, le climat de la région est très favorable à la culture des dattes, surtout de la variété Deglet- Nour,
sous réserve d'irrigation abondante.
Les sols arables sont rares et se caractérisent par un apport artificiel constant de matières organiques et
d'éléments minéraux qui peuvent représenter jusqu'à 40 cm d'épaisseur. Ces sols sont très sensibles à la
salinisation. Faute d'un mauvais drainage, ils sont vite engorgés d'eau, ce qui provoque une concentration des
sels en surface.
Ainsi à Kébili, les eaux de drainage (estimées à 981 L/S en hiver) ont une salinité comprise entre 2,6 et
8,8g /L. En été, les quantités d'eau de drainage sont moins importantes (932L/S) et plus chargées (2,9 à 12,3g/L)
mais peuvent être aussi valorisées sous certaines conditions (CRDA 1997).
Après ce bref aperçu sur les conditions physiques, analysons les grandes tendances de la dynamique
environnementale dans le Nefzaoua. On dégagera une première période allant du début du siècle à 1985, et une
seconde s'étalant de 1985 à nos jours.
· La période entre 1905 et 1985, une première analyse des cartes d'état major du début du siècle (1905),
montre la région du Nefzaoua méridional comme un paysage très peu humanisé, avec une prépondérance des
chotts et des accumulations dunaires. Aussi hormis Jemna, Douz et El Goléa, Nouail, Zarsine et
Blidet, les oasis ne constituent (à une exception prés au sud de Oued El Melah), que des petits îlots de palmiers
isolés, crées autour des sources ; jouant ainsi le rôle de halte-bivouac sur la route des caravanes.
Toutefois, la situation va rapidement évoluer vers la moitié des années 1940, avec la sédentarisation de plus en
plus fréquente des nomades et l'introduction de nouvelles technologies de forage. Ce qui aura pour
conséquences directes la multiplication de nouvelles oasis autour de ces noyaux. Il est toutefois important de
noter à cet égard que la création des forages s'est toujours faite, pendant toute cette période, sous la direction et
le contrôle de l'Etat.
La période des années 1960 fut marquée, comme pour la Jeffara, par l'avènement puis l'abandon de
l'expérience coopérative, ainsi que par l'émigration vers l'Europe de milliers d'actifs dans les oasis
" Khammassa ", qui contribuaient à l'entretien des périmètres irrigués.
Malgré la continuation des efforts de forage dans tout le Nefzaoua, la période du début des années 1970 n'a
pas vu une grande transformation dans l'occupation des sols.
Les causes principales ayant été l'abandon quasi généralisée des parcelles pendant la période collectiviste,
doublée au cours de la même période par le départ à l'étranger d'une grande partie de la main d'oeuvre oasienne.
Par contre, une analyse comparative de la situation entre 1971, matérialisée par les photos aériennes de 1971
et la carte topographique au 1/200.000 et l'image du satellite Landsat TM de 1985, illustre une
reprise nette des créations oasiennes autour des forages dans la zone du Nefzaoua méridional.
Cette reprise serait due notamment à l'intensification du Programme du Développement Régional (PDR), le
début des opérations de privatisation des terres collectives, mais surtout à la promotion de Kébili au rang de
Gouvernorat et enfin aux transferts financiers des travailleurs de la région à l'étranger.
Toutefois c'est la période de la moitié des années 1980 qui marquera les plus grandes dynamiques dans le
paysage du Nefzaoua méridional, notamment à cause de la "ruée" vers la réalisation de forages à bras.
Entre 1985 et 1996
La zone du Nefzaoua méridional connaît depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, une
dynamique importante, liée essentiellement à la multiplication rapide des forages individuels et la création de
nouveaux périmètres irrigués autour de ces ouvrages.
En effet, l'image Landsat TM de 1996, que ce soit en lecture directe (image en fausses couleurs) ou après
traitement (Indice de végétation, addition et soustraction de canaux, classification, …), montre une extension
sans précédent des nouveaux périmètres irrigués réalisés entre 1985 et 1996, notamment à partir de l'oued El-Melah jusqu'à Douz ; le plus souvent à l'Ouest de la route reliant Kebili à Douz .
La plus grande concentration des créations individuelles se situe toutefois aux environs Nord et Ouest de
Douz et d'El Goléa, à l'Ouest de Jemna, autour de Blidet, B'chelli et Zarsine.
L'analyse de la situation topographique des nouvelles créations privées montre dans la plupart des cas, sinon
dans leur totalité, que ces créations nouvelles ont été faites sur des terrains bas et mal drainés, donc facilement
engorgeables.
La situation est d'autant plus préoccupante que les sondages privés sont de type artésien, donc fonctionnant
sans arrêt, déversant l'excès d'eau (Màa Zayid ) à l'extérieur du périmètre, vers les zones basses aux alentours
immédiats du périmètre irrigué.
Avec la multiplication rapide de ces sondages (aux alentours de 1700 actuellement), on assiste à une
extension géographique sans précédent des zones humides qui constituent désormais des unités "homogènes"
occupant de grandes superficies .
L'analyse de l'image satellitale de 1996 montre à coté des périmètres irrigués à partir des sondages
(reconnaissables à leur signature spectrale caractéristique) une végétation galerie (notamment des roseaux)
poussant le long du cheminement des eaux vers les Sebkhas, et colonisent de plus en plus de superficies, ainsi
que de nombreux " acs " résultant des énormes quantités d'eau artésienne provenant des centaines de sondages à
bras.
Conclusion:
Dans le Nefzaoua méridional, et à cause de ces énormes quantités d'eau déversées puis évaporées, on
assiste à la réaction en chaîne suivante :
· les sondages à bras, vu leur nombre et leur artésianisme, contribuent à une surexploitation sans précédant
des ressources et au rabattement rapide de la nappe ;
· le rabattement de la nappe amène de plus en plus le recours au pompage, qui sera quasi généralisé vers l'an
2010, si la situation actuelle continue ;
· l'excès d'eau d'irrigation, conjugué avec l'absence de drainage, contribue à une salinisation rapide des sols
dans les périmètres, et par conséquent à une dégradation de leur capacité productive, qui va se réduisant
d'année en année, jusqu'à leur stérilisation ; avec toutes les conséquences prévisibles sur la vie de la
population ;
· une conséquence observable depuis le début du rabattement de la nappe est le dépérissement progressif d'un
élément du patrimoine paysager, qui a fait de tous temps l'originalité et la beauté du Nefzaoua : à savoir les
bouquets de palmiers, appelés " d'zira " ; qui faute d'eau, meurent les unes après les autres ; ce qui réduira
l'attrait pour ces zones et ne manquera pas par conséquent d'affecter l'activité touristique régionale.
Notons pour conclure que dans le Nefzaoua méridional, l'extension oasienne récente, faite la plupart du
temps de façon non contrôlée, fait subir aux ressources en eau et en sol, ainsi qu'au paysage, des transformations
profondes et irréversibles.
La situation actuelle est caractérisée par une concentration des hommes et des activités sur un milieu fragile.
Pour prévenir le risque d'arriver à la limite absolue des ressources essentielles, il est nécessaire de poser avec
acuité le problème de régulation et d'arbitrage. Il est également urgent de repérer les bases dynamiques d'un
environnement viable, susceptible de générer un développement socio-économique durable, suffisamment fort
pour répondre aux besoins croissants de la population actuelle, sans fragiliser ni hypothéquer l'avenir. Le
développement durable est-il perdu pour toujours ? C'est ce que nous nous proposons de traiter dans ce qui suit,
notamment en réfléchissant sur les piliers de ce développement durable ; et ce à partir de l'étude de cas de la
région du Séhib, où un système de gestion des ressources, basé sur le savoir local, a fait ses preuves depuis des
siècles et semble être l'un des meilleurs modes efficaces et raisonnables de gestion des ressources, et mérite
d'être compris, réhabilité et réinventé.

POUR UN DEVELOPPEMENT DURABLE
Malgré la progression rapide de la modernisation et des changements économiques, il subsiste encore
quelques systèmes de gestion et de savoir agricoles et pastoraux traditionnels, bien adaptés à leur
environnement, ils s'appuient sur l'utilisation des ressources locales, et sont appliqués à petite échelle et de façon
décentralisée et sont enclins à préserver les ressources naturelles.
Dans ce contexte, malgré une aridité soutenue et une activité anthropique datant depuis l'époque romaine, la
région du SEHIB dans les Basses Plaines Méridionales (Figure 2), semble en effet constituer une exception,
pour avoir gardé un équilibre qui contraste avec son environnement immédiat.
Ce système présente en effet des leçons sans précédant en terme d'adaptation de l'Homme à son milieu
précaire. Il se réfère au bagage que les femmes et les hommes de la région ont accumulé sur leur environnement
et de quelle façon il influe sur leur quotidien. Ces connaissances locales, qu'elles se présentent sous la forme
variétés culturales, de techniques de rotation, de pratiques ou de technologies, sont fondées sur l'expérience et
souvent héritées des générations passées et elles ont été testées au fil des siècles et le sont encore, pour être
adaptées aux conditions, aux besoins et aux impératifs locaux.
Une réponse, maintenant largement acceptée, est que ce sont ces stratégies paysannes qui doivent servir de
guide dans l'élaboration des projets de recherche et de développement en milieu rural.
Pressés par le but de dévoiler les sujets mal connus ou peu étudiés de la région aride, d'éclairer les instances de
décision et du développement sur la nécessité de réhabiliter et d'intégrer ces connaissances locales au processus
de la recherche et du développement ; on essayera d'après l'étude de la région de Séhib, de mettre d'une part en
relief les différents principes qui ont instauré cette stratégie d'adaptation aux contraintes du milieu (édifiée
depuis plus de 3000 ans), qui se base notamment sur la valorisation d'un savoir-faire ingénieux et une discipline
collective adaptées aux conditions des lieux ; exploitant les ressources de la manière la plus raisonnée et dans
esprit de durabilité, comme s'il s'agissait d'un patrimoine plutôt que d'une ressource.

Les principes directeurs de gestion de la ressource "patrimoine"
Les entretiens avec diverses générations de la population détentrice du savoir local, les tournées de
reconnaissance de terrain, la compilation de la documentation existante, l'exploitation des documents aériens et
satellitaux, nous permet de brosser un diagnostic des principes lignes directrices du savoir local ; ainsi que des
moyens mis en oeuvre pour arriver à une gestion optimale des ressources, dans le cadre d'une approche
holistique du développement durable .
Il est toutefois utile de signaler que ce travail ne constitue qu'une ébauche d'une recherche plus approfondie,
prévue dans le cadre des activités du programme national : " Observatoire Intégré des Zones Arides et
Désertiques ", et qui permettra de mieux prendre en compte les composantes et les interactions du système des
connaissances locales et leur intégration dans le processus de recherche et de développement.
Ainsi la devise stratégique gouvernant le savoir local consiste à considérer la ressource comme un
patrimoine stratégique à gérer avec soin, et non comme un produit à exploiter sans modération. Aussi cette
gestion doit-elle se faire tenant compte des besoins actuels, mais également de ceux des générations futures.
Ce type de rapport très affectif entre l'homme et son patrimoine nécessite une discipline individuelle et
collective sans faille, mettant en exergue l'intérêt du groupe social, mais également toutes les interactions liant
les différentes composantes du milieu, dans le cadre d'une approche holistique.
Cette devise stratégique de la ressource " patrimoine ", trouve son application sur le terrain grâce à un
ensemble de règles de conduites prenant en compte aussi bien les conditions climatiques et édaphiques, que les
notions de temps, de rareté et d'abondance.
L'expérience locale, acquise et transmise depuis des siècles, repose sur le principe suivant : ne jamais
essayer de forcer le milieu ou contrôler la nature, mais s'y adapter.
Partant de cela, l'expérience locale a institué une série de règles de conduite guidant les relations régissant
l'homme avec sa ressource patrimoine, dont notamment :
· la gestion de la rareté, qui consiste à bien connaître les limites au-delà desquelles les ressources ne doivent
pas être sollicitées, pour ne pas risquer leur dégradation ;
· la gestion du temps est en corrélation directe avec ce qui précède, puisque c'est le facteur temps qui
détermine la dégradation de la ressource.
Aussi la gestion du facteur temps a donné naissance à la notion de mobilité comme stratégie d'adaptation à
la rareté des ressources.
· la gestion des risques quant à elle, est une adaptation aux aléas climatiques. Elle se concrétise sur le terrain
par la diversification des activités (agricole, pastorale, commerciale, …) ou la division des risques d'une
mono activité (céréaliculture, …) en la pratiquant dans des zones bioclimatiques différentes ;
· enfin par gestion de l'abondance, on entend tirer partie des rares années favorables ou exceptionnelles. Cela
consiste notamment à garder une partie de la bonne récolte en prévision des années difficiles (qui reviennent
plus souvent que les campagnes favorables), à ne vendre que le strict nécessaire et juste ce qu'il faut pour
diversifier la production : vendre du blé pour augmenter le troupeau ou se construire un nouveau "majen"
pour mieux récolter les eaux de pluies.

Conclusion
Les exemples que nous venons de voir dans la Jeffara et le Nefzaoua, se conjuguent donc pour générer une
dynamique du milieu allant dans le sens de la dégradation. Cette dynamique de dégradation est définie comme
" un processus d'attaque du sol par différents facteurs dont la conjugaison et la permanence rendent un territoire
fertile à l'origine en une terre stérile, inapte à toute production et susceptible d'interférer sur les zones
limitrophes en les stérilisant ". Mais quelle que soit la définition qu'on retient, c'est généralement l'Homme qui,
en détruisant l'équilibre entre lui et son milieu, crée la dégradation. Les contraintes physiques et climatiques
constituent, dans la plupart des cas, que des facteurs favorables.
Et si du point de vue technique, la lutte contre la dégradation semblait simple et possible ; les résultats
décevants partout dans le monde, montrent la nécessité d'une approche alternative du problème et demande
néanmoins une discipline sans faille de la part des habitants et des efforts de longue haleine de la part des
autorités.
A cet égard, nous avons brossé rapidement, à travers l'exemple du Séhib, la relation entre l'homme et les
ressources et l'importance de la sauvegarde, la réhabilitation du savoir local. Ainsi, plus d'une leçon peuvent être
conclues :
· alors que la science moderne et les efforts de développement ont comme objectif de contrôler la nature, les
savoir local au contraire s'y adapte. Les sociétés détentrices de ce savoir acquièrent de ce fait une
connaissance intime et une bonne compréhension de leur propre environnement qu'il faudra mieux
appréhender.
· le savoir des populations rurales connaît néanmoins des limitations. Il est en effet souvent local, empirique,
concret mais largement intuitif. Il constitue donc un système presque fermé qui dépend de ce que le paysan
peut observer directement. Ce dernier n'a pas accès au corpus des connaissances théoriques, aux techniques
spécialisées et ne peut donc de lui-même accéder entièrement aux ressources extérieures ;
· l'échec rencontré dans plusieurs projets de développement rural, soulève la question de la faiblesse de la
recherche dans l'élaboration et la diffusion de technologies susceptibles d'être largement adoptées par la
population locale, dotée de peu de ressources, dans un environnement moins favorisé ;
· l'objectif de la recherche et du développement devrait par conséquent faciliter la symbiose entre le savoir
local et les innovations de la science officielle ;
· la meilleure façon d'atteindre cet objectif est de promouvoir la participation complète des paysans dans le
développement des technologies appropriées. Cette participation est un pré-requis pour l'adaptation des
technologies exogènes à l'environnement social, physique et écologique de la région ciblée. Mais cette
participation est tout aussi essentielle pour assurer un retour nécessaire de l'information vers les
scientifiques. La participation des paysans sera en quelque sorte un facteur correctif des erreurs
d'appréciation que des développeurs ou chercheurs appartenant à la science officielle commettent, parce
qu'ils n'adoptent pas une vision suffisamment holistique des systèmes de productions agricoles (Figure 10).
Finalement, on peut avancer qu'au moment où la transformation inévitable des moyens de production
occasionne des changements partout dans le monde, il semble que les méthodes traditionnelles de culture et de
gestion ont des raisons d'être à la fois humaines et écologiques durables.
D'autre part, l'étude approfondie des agro-écosystèmes traditionnels met au point des agro-écosystèmes
nouveaux, améliorés pour remédier aux nombreux problèmes dont souffre l'approche " moderne ". Les
connaissances locales sont l'aboutissement de longs siècles d'évolution culturelle et biologique ; ils sont le fruit
de l'expérience de l'interaction avec l'environnement accumulée par des paysans qui n'avaient pas accès à des
intrants extérieurs, à des capitaux ou à des connaissances scientifiques. Se fondant sur leur expérience, ces agriculteurs ont mis au point des agro-systèmes durables en utilisant les ressources disponibles localement et
l'énergie humaine et animale.

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