L'habit de lumière

premier épisode

Dimanche vers une heure .
Après un vol interminable, nous arrivons enfin à Tamanrasset, un peu cassés par quatre heures de voyage (avec un stop aux canaries ?...ah non, aux baléares, pour compléter le plein de kérosène !)
Les formalités de douane et de police sont en fin de compte assez rapides, et nous nous retrouvons vers la sortie de l'aérogare.
Un homme mince, très courtois, à la fine moustache et habillé d'une longue djellabah ocre , nous attend.
C'est le patron de l'agence "club aventures africaines" (tout un programme...).
Il nous conduit à nos véhicules: ce sont des Toyota "station wagon" hors d'âge, dont les chauffeurs chargent prestement les bagages. Je grimpe dans le 4x4 du plus vieux : djellaba bleue (boubou ?) et chèche blanc sur la tête, le "journaliste" qui s'est joint à notre groupe monte devant (j'apprendrais qu'il s'appelle olivier k., c'est un ancien du dakar !).
Je demande au chauffeur comment dit-on "allons-y" en Tamachek (la langue des touaregs); il a du mal à me comprendre, puis me réponds "yalla" - c'est de l'Arabe : on verra plus tard pour la linguistique !
On se dirige vers tam', le "chibani" conduit TRES prudemment: Il a raison, son véhicule louvoie et occupe deux fois sa largeur sur la route : je ne suis pas pas rassuré... ; j'ai déjà conduit des hj 60 à ressorts à lame comme celui-là, c'est vrai que ce n'est pas génial en tenue de route, mais là...
Juste avant d'entrer en ville, nous prenons une piste à gauche, en direction de "pains de sucre" au nord. Il fait très chaud, et l'air est sec, c'est bon de se retrouver ici...
Nous arrivons un quart d'heure après au camp de base.
Les motos sont sagement alignées sous le soleil: dix 250 TTR toutes bleues, juste différenciées par leur plaque à numéro, et trois quads.
Un peu plus loin, deux 4x4 et un camion, et sous un grand acacia une "nappe" avec des matelas de mousse tout autour.
Quelques personnes qui s'affairent ou se lèvent à notre arrivée : c'est l'équipe d'accompagnateurs qui sera avec nous tout au long du voyage ; trois algériens, dont deux sont souvent en Europe ou ailleurs, les autres seront affectés à la cuisine, la mécanique et la conduite des véhicules.
Agréable surprise, ils ont pensé à nous et nous servent un déjeuner à base de crudités : bien sympathique tout ça.


Quand les ventres sont rassasiés, nous pouvons enfin revêtir nos "habits de lumière" !

Le moment est venu de toucher nos motos : chacun choisit sa monture pour 7 jours !
Les premières impressions avec les yamaha 250 TTR sont mitigées : ça ratatouille ça gigote, l'adhérence des pneus est bizarre (ils sont montés en "bib mousses"), bref tout le monde est prudent.
Nous rejoignons la route de l'aérodrome. Puis c'est la traversée de Tamanrasset, et on se retrouve rapidement sur la route du sud, et enfin sur des pistes.
Les kilomètres s'enchaînent, nous atteignons un plateau crevassé parsemé de blocs de roches et de collines ; de temps en temps c'est la traversée d'un oued sablonneux parsemé d'acacias, ou d'une étendue plate.
Malgré les consignes, les motos sont rapidement devant le 4x4 de tête, mais chacun vérifie de temps à autre s'il prend la bonne piste. Il faut parfois revenir en arrière pour s'apercevoir que c'était de l'autre côté !
Ce passage rappelle un peu le Maroc : pistes étroites et sinueuses, sol dur, présence de saignées parfois dangereuses, cailloux en tous genres.
A un moment, nous longeons un vrai village, avec des maisons en banco.
Finalement, après une soixantaine de kilomètres, nous arrivons dans un oued large et plat, parsemé de gros acacias.
Au nord, c'est la montagne tabulaire du Debnât. Au sud, c'est le Tendjîr, pic aigu. Un peu plus loin au sud-est, c'est l'Arregâne : nous y passons demain.
C'est l'endroit que le guide choisit pour établir notre premier bivouac.
Kako, notre guide en quad, nous autorise à aller "jouer" aux alentours ! Je vois Bruno partir à l'attaque de la colline à côté ; discipliné, je le rejoins "pour ne pas le laisser seul".
Nous progressons parmi de gros blocs, escaladons des marches, pour parvenir sur un joli sommet avec vue sur les alentours : nous apercevons le deuxième 4x4 qui arrive puis le camion avec nos affaires.
Progressivement tout le monde est arrivé, et chacun prend ses quartiers : les Mâconnais se regroupent frileusement dans les épines sous l'acacia, les Cévenols s'éparpillent un peu plus loin.
Didier, qui craint les ronflements nocturnes des grands primates, s'installe carrément cinquante mètres plus loin. Quant à moi, je transige entre les deux : j'ai des bouchons d'oreilles !
De toute façon nous sommes équipés comme de vieux voyageurs sahariens : nous avons nos propres duvets, matelas, bouchons d'oreilles, coussin pour la tête, etc… de vrais maniaques !
Il s'avère que l'organisation fournit bien des matelas-mousse et des couvertures, ça n'en sera que plus confortable.
La soirée se passe en bavardages, nous faisons mieux connaissance avec nos guides ; plus loin les Touaregs de l'équipe font un petit feu pour la préparation du sacro-saint thé vert.
Première nuit à la belle étoile pour tout le monde : pour certains c'est une première !
À l'apparition du soleil, nous sortons les uns après les autres de nos duvets et le petit déjeuner est servi : café, lait, tartines, beurre (eh oui ! bravo aux cuisiniers) , et confiture. Il ne manque que du thé rouge et un peu d'eau chaude. Ce sera rapidement corrigé, il y a trois ou quatre amateurs chaque matin !
Puis c'est la cérémonie quotidienne du rangement de ses petites affaires que l'on amène au cul du camion, prêtes à être chargées.
Aujourd'hui départ à neuf heures : on fera mieux demain ! C'est la mise en jambes.
Nous passons près du djebel Eregnêne, montagne de forme pointue. Nous progressons maintenant dans une succession d'oueds, passant d'un affluent à l'autre.
La végétation est assez abondante par ici. Acacias, Thallas, et toute une flore que je ne connais pas parsèment ces oueds ; autour, ce ne sont que rochers et "caillasse".
A une halte, je grimpe sur une éminence: c'est une de ces tombes pré-islamiques de type "dallage circulaire" (au moins 20 m de diamètre, avec une pierre dressée au centre).
Dans l'oued Igharghar ("le fleuve" en Tamachek), Richard trouve même de l'eau : il creuse des cercles avec son TTR et finit par trouver la boue !
Le rythme s'est accéléré, c'est assez dangereux : et il y a pourtant des saignées, des pierres cachées sous d'épaisses croûtes de boue... Mais c'est le seul moyen d'avancer : le sol est mou.
A un moment, Sammy a poursuivi de très près des gazelles : ils sont deux ou trois à les avoir vues. Probablement des gazelles dorcas.

Nous progressons dans une succession de grandes plaines , qui sont en réalité le fond d'oueds très larges. De temps en temps, un arrêt pour compléter les pleins : certains sont vite sur la réserve !


Nous abandonnons l'Igharghar pour passer dans l'oued el guessour ; enfin, nous pénétrons dans un grand massif gréseux par un canyon.
Nous nous arrêtons pour aller voir des gravures rupestres sous une magnifique voûte (ce sont des animaux témoins d'une ancienne savane), et des caractères tifinar (berbères).
Un peu plus loin, nous allons voir une guelta : l'eau est verte, souillée par les crottes de chameaux. Didier et François grimpent au-dessus et y trouvent de l'eau propre.
Sur les parois latérales, encore quelques gravures et des caractères tifinar.
Didier et Christian taquinent un beau lézard à tête rouge : probablement un Agame des colons (Agama agama, ou "margouillat"), qui s'enfuit rapidement.
Kako nous prévient que nous pénétrons dans une zone sensible, où il faudra se suivre sans batifoler : tâche ingrate pour lui, le motard est joueur est indiscipliné !
Nous arrivons au milieu d'un immense chaos de blocs stratifiés de grès rouge d'une hauteur d'environ 60 mètres. Le fond est occupé par de belles dunes blondes...
Les nomades appellent cet endroit "les châteaux" : les ksours en tamachek, et tout s'éclaire : dans le monde berbère maghrébin, les ksours sont des villages fortifiés ! Et l'oued el guessour n'en est qu'une déformation...
Malgré la chaleur qui règne sous le soleil, l'ombre des ksours nous procure une sensation de fraîcheur : c'est là que nous faisons halte pour le déjeuner et la sieste, tradition obligée des voyages sahariens.
Chacun se ménage un petit coin confortable après le repas. Quelques-uns vont aider Kako et Sammy à bricoler une machine qui donne des soucis de carburation à son utilisateur. Un jeune mécano de l'équipe targuie vient mettre la main à la pâte.

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