Sur les pistes du grand sud tunisien

" Aie, nous devions partir en Mauritanie et nous ne sommes que deux ! Que fait-on ?"
"Moi, j'y vais", dis-je à Didier un peu cranement.
"Certes, mais ça ne serait pas vraiment raisonnable...et puis nous manquons de temps cette année !"
"Et si nous repartions en Tunisie ? Nous n'en connaissons pas encore le grand Sud après tout"
"Mmmh, super idée, marché conclu !"

Et voilà comment on se retrouve un beau jour d'avril à nouveau sur des pistes Tunisiennes, presque toutes inconnues...

chapitre un: travaux d'approche
Travaux d'approche
Lundi 31 mars 2003
Il fait beau et chaud, une petite bruine sèche obscurcit un peu le paysage.
Un vent léger nous rafraîchit chichement.

Nous chevauchons nos chères motos, nous sommes deux frères,
nous sommes, pour quelques jours, des princes du désert !


La piste est peu marquée et serpente tranquillement sur un vaste reg d'herbe à chameaux qui ondule à perte de vue vers l'est et le sud.
Il est près de 13 h, un petit bruit attire mon attention depuis quelques minutes: "ting ting ting "...
mais le motard est flemmard ! je laisse faire...
À l'approche d'une courbe à gauche, je freine des deux roues pour placer la moto mais rien ne se passe ! M... plus de frein devant !
Je jette un coup d'oeil rapide sur le disque avant, la pince pend lamentablement au bout de sa durite. Bon, j'ai compris: bricolage en perspective. Nous avons de la chance, le flexible n'est pas percé...
Je fais signe à Didier qui se retourne et me rejoint. Décidément dans des dispositions optimistes, il part au ralenti à la recherche des boulons manquants.
Nous roulions depuis presque trois heures ce matin au départ de Tataouine. Après avoir jardiné un moment dans le Dahar pour trouver le début de la grande piste nord-sud, nous avions fini par suivre la route et enfin retrouvé nos repères.
Celà ne nous inquiétait pas trop, on met souvent un peu de temps à "se mettre dans le bain", à retrouver ses "marques"; celà vaut pour la navigation comme pour le reste: la cuisine, le montage de la tente, la connivence entre nous...
Il est quinze heures et après avoir tapé dans notre réserve de boulons et remonté cette fichue pince nous déjeunons : malgré la ténacité de Didier nous n'avons pas retrouvé les pièces perdues...
La piste s'ensable de plus en plus : nous commençons à trouver des dunettes de plus en plus hautes et de plus en plus rapprochées. La végétation y devient dense.
On se "plante" régulièrement et la sueur coule sous les casques.
Vers 17 h 30 nous touchons enfin un vallon d'herbe à chameaux.
Nous comprenons que cela va être comme ça jusqu'à l'erg el mitt et décidons de prendre plein ouest pour rejoindre le grand reg. Cet erg si mystérieux repéré sur la carte ne semble après tout qu'une collection de sable sans grand relief: basta !
C'est une jolie piste qui nous amène sur des palmiers isolés, en vue du bordj bir el fetnassi.
Nous déboulons sur le fortin accompagnés par une meute de chiens à moitié sauvages, en déclenchant un début de panique parmi les militaires les plus jeunes !
Mais un vétéran vient effectuer un contrôle bon enfant, puis c'est la grande piste plein sud. De temps en temps, un établissement agricole avec forage et motopompe, une jolie ferme...
Vers 18H30 c'est le bivouac dans un oued.
 
Mardi 1er avril
8H20 Nous sommes presque prêts... Le temps est un peu couvert, et il souffle un petit vent frais.
Après un bref "jardinage" pour trouver la piste dans la bonne direction (toujours le flair de Didier), nous filons sur Dehibat.
Une fine colonne pyramidale attire notre attention : proche d'un petit bois d''eucalyptus qui abrite quelques tombes blanches , c'est le monument d'oum Souigh. oum souigh
Il commémore un combat entre les troupes Françaises et Tunisiennes lors des événements de l'indépendance.
Nous filons grand train vers le sud, traversons une grande route est-ouest, puis une zone de cultures et débouchons par un oued sur le reg qui mène à Dehibat après que nous ayons rejoint la grande route goudronnée de Remada.
C'est une ville-frontière ou nous trouverons de l'essence libyenne de contrebande.
Elle vaut grosso modo le même prix que l'essence tunisienne mais a le mérite de suppléer à l'absence de pompe officielle.
Vers 10 h 30 nous filons plein Ouest chercher la piste de Lorzot.
Pendant quelques kilomètres nous suivons la frontière libyenne qui se trouve parfois à quelques dizaines de mètres : c'est un oued encaissé entre deux falaises, la Libyenne à gauche et la Tunisienne à droite; de temps en temps on passe auprès d'une petite palmeraie avec un puits, une pompe ...bie el menzla, frontière libyenne
Vers midi la piste remonte sur le plateau ouest et les militaires du poste de bir el Menzla el loutani nous font signe de loin : nous ne pouvons faire semblant de ne pas les voir. Je fais signe à Didier qui "s'échappait" et nous stoppons nos moteurs devant la porte du fortin.
Il s'agit de deux sous-officiers de la garde nationale qui nous retiennent un petit moment pour des histoires de liaison radio avec leur supérieur (nous ne nous sommes pas arrêtés au poste précédent...),...et nous offrent des biscuits et un jus de fruit pour se faire pardonner l'attente. En fait nous avons discuté de tout, de football, de la guerre en Irak bien sûr, de blagues : connaissez-vous celle-là ? Comment appelle-t-on les émirs arabes en Tunisie ? Les doubles zéros ! à cause des deux anneaux sur leur turban...:-))
Bon, c'est reparti vers l'ouest sur une "piste rapide", et c'est le contrôle de la garde nationale à Lorzot.
Les deux jeunes appelés s'étonnent de notre âge avancé (j'ai en partie compris ce qu'ils disent en arabe: "chibani","ce sont des vieux!" et ça les étonne encore plus !) Nous sautons le poste militaire en se demandant s'il fallait s'arrêter ou non, puis vers 14H30 nous déjeunons au sommet d'une gara.la gara sud lorzot
C'est une des nombreuses collines tabulaires communes à la région , les corniches abritent toute une faune carnivore: il y a des crottes et des débris d'os partout.
Ici, la vue porte très loin : tout au nord Lorzot, et la pointe d''erg que nous venons de traverser; vers l'est, la Libye et la hamada el hamra, vaste plateau qui mène au tassili des ajjers, et bien au-delà vers le ténéré.. ; à l'ouest nous apercevons une sorte de mini-tour Eiffel pile dans la direction de l'erg Jeneiene, et au sud des reliefs vers lesquels nous nous dirigeons.
La piste suit ensuite un grand reg parfois vallonné ; de temps en temps un peu de sable, une épave de véhicule... Nous passons le poste de bir Zar, vite contrôlés,
puis nous tentons une "levrette" en suivant une piste secondaire toute droite, qui figure sur les cartes (un pointillé sur la carte soviétique et sur l'ancienne IGN au 1Mnième).
Cette pseudo-piste s'avère difficile, avec une succession de grimpettes et de descentes cassantes, voire de falaises à franchir ! Je manque me prendre les 190 kgs de la moto sur le ventre dans une montée encombrée de gros pavés et de sable (en configuration "raid", elle présente un net déséquilibre sur l'arrière).
Bon, ça suffit, assez joué: nous quittons le coin et rejoignons la grande piste qui contourne le massif par l'ouest.
Au carrefour vers Mechiguig, une belle piste continue vers le sud: c'est celle que nous avions prévu de suivre.
Vu l'heure tardive, nous décidons de rejoindre la grande "piste à camions" jusqu'à Tiaret.
Pas ce qu'il y a de plus agréable, mais le temps manquait, et nous pensons au reste du voyage...
À nouveau un contrôle militaire, toujours aussi rapide, et ces jeunes soldats nous indiquent la pompe à essence et le camp pétrolier. La porte est ouverte mais il n'y a plus personne en cette fin d'après-midi; nous suivons la belle allée d'eucalyptus jusqu'à la base de vie de la "Trapsa", la compagnie Tunisienne propriétaire du site. les bungalows de tiaret
Les bungalows me rappellent le "village de vacances" du lac Itasy à madagascar, quand je travaillais sur la bilharziose pour l'institut Pasteur...de vieux souvenirs remontent...
Après un moment d'attente, dans le calme du soir seulement troublé par les pépiements des oiseaux, un employé vient nous saluer. Son "chef" nous propose de prendre une douche et de monter notre tente sous les arbres dans l'enceinte du camp: proposition acceptée!
Il y a un petit vent froid mais la douche est bien chaude...on préparera les portions lyophilisées avec !
À huit heures, tente montée, diner vite avalé, nous sommes au lit toutes lumières éteintes ... Une demi-heure après une voix nous appelle pour nous inviter à partager un plat de spaghettis ! Nous sommes fourbus, aussi nous déclinons poliment cette gentille invitation. Tant pis, ce sera pour une autre fois : inch allah !
 

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