Les vieux chats sont joueurs, c'est bien connu...

chapitre un:

Retour vers le futur

Nous partons avec François Guillot, le "facteur du désert" (sobriquet pas seulement dû à son adresse courriel, comme on le verra !) :
C'est toujours intéressant de rencontrer un colistier en chair et en os (n'est-ce pas Greg et Alex ;-).
François a eu la gentillesse (ou l'inconscience?) de m'inviter sur son voyage; difficile de refuser, surtout que l'envie de repiquer au jeu nous démange toujours, mon frère et moi.
Nous trouvons une date qui convient à tout le monde, nous serons quatre: c'est le bon chiffre, ni trop, ni trop peu.

alain,françois,patrick,didier

François et Alain sont deux garçons solides, tant sur la préparation des machines que sur celle de la navigation et des bonshommes: deux triathloniens de quarante berges, il y aura intérêt à suivre!
Le parcours choisi, discuté à l'avance, est copieux: généralement on n'en réalise qu'une partie. Avec ces deux "fadas", on en a rajouté ! Jamais autant bouffé de sable, et pas d'indigestion ;-).
Mon frère et moi, compagnons de raid de toujours, nous avons parcouru en huit jours ce que nous faisons habituellement en deux raids!
C'est en bonne partie dû à l'organisation de François, à la maturité des éléments du groupe...et à la baraka: «abdulillah!».

Nous partons avec quatre motos différentes, une 400XR bien usée, une 350DRS troisième âge, et Alain et moi avec nos motos d'enduro : 640 KTM et 250 Yamaha WRF.

 

 

 

Mais toutes sont préparées avec des réservoirs de grande capacité, un porte-bagage pour Alain et François et des sacoches pour tout le monde. Quelques pièces, filtres, outils habituels et basta : nous avons maintenant l'habitude d'aller à l'essentiel !

Avant le départ, par mails, téléphone, et lors de notre rencontre chez Didier à Salon de Provence (à "bir el Gandonne" !), nous avons finalement combiné deux voyages en un: un raid autonome avec étapes en profondeur dans l'erg, et un raid de conserve avec un 4x4 suiveur. Ce véhicule d'assistance nous rejoindra à des points convenus; pour le reste du parcours, il sera avec nous.
Nous avons donc loué les services d'un "guide" et de son aide, avec essence, eau et nourriture pour les deux tiers du raid. François a rencontré Hamet lors de précédents voyages et cette fois, il lui a demandé de nous accompagner en clients directs. Son 4x4 est un pick-up Mazda modérément adapté au TT difficile, mais apparemment il sait s'en servir; François nous montre une photo de la bagnole sur le toit au pied d'un sif, je suis modérément rassuré !
Nous devrons le rejoindre à un point de rendez-vous au bout de 3 jours d'autonomie, à une source repérée sur les cartes et photos-satellites, au sud de bir Aouïne, tout contre le grand erg.
Cette première partie du raid, en autonomie totale entre Douz et la source de aïn Zegaba, exige quelques précautions pour les motards (eau, nourriture, pharmacie, quelques pièces et outils et suffisamment d'essence en cas de panne et deux nuit à passer seuls...): François, connaissant notre façon de voyager a accepté ces quelques jours d'autonomie totale et la préparation « grand raid » des motos qui en découle, même si avec le 4x4 présent en permanence, nous aurions pu profiter de motos légères et plus "amusantes" ne nécessitant aucun travail avant le départ...mais c'était renoncer à toute originalité ou difficulté de parcours! La suite nous donnera raison.

François et Alain, un de ses amis, emportent un monceau de paquets : vêtements, chaussures, couteaux, stylos, jouets. Avec Didier, mon frère, nous aurons parfois une vague impression de suivre une sorte de caravane du tour de France...avec tout de même quelques bons moments de joie simple, notamment avec les gamins. Ils nous en avaient parlé avant le départ, mais nous n'avions pas vraiment réalisé l'ampleur des bagages qu'ils comptaient emporter pour donner sur place . Nous ne sommes pas vraiment habitués à ce type d'action, ni à avoir un 4x4 accompagnateur...Et puis, pour tout dire, nous avons un point de vue légèrement différent !
J'en reparlerai plus loin, lors de notre passage à dakhlet Amoud.

Dimanche 11 février 2007, 20 heures, accroupis sur des coussins dans l'arrière-salle d'un restaurant de Douz.didier,alain,françois,hamet,issa,patrick
Hamet ne répond pas à mes questions: encore un effet de ma notoire diction bouche-fermée, ou de ma voix sourde ? Ou d'une mauvaise compréhension du français ? d'une méfiance réciproque ?!  Ou encore une préséance due à la "hiérarchie" ? C'est le voyage de François, qui est donc le "chef d'expédition": dans ce milieu culturel, cette donnée est importante.
D'ailleurs, ne lui avons-nous pas accordé à l'unanimité deux voix en cas de vote !
Plus la soirée avance, plus je trouve qu'il me rappelle le chef des pompiers de Djanet, représentant local de la moukhabarat algérienne (la police secrète) !!
Quand je finis par avouer ça à François, qui se rend bien compte que quelque chose cloche, ça le fera franchement rigoler; incident clos.

Nous sommes arrivés en fin d'après-midi à Douz, d'une traite depuis La Goulette, la remorque portant trois motos, accrochée au cul de la Skoda de Didier; François a vaillamment suivi avec sa XR.
Le taulier de l'hôtel-restaurant Belhabib est Abdou, un noir soudanais, plutôt jeune et jovial. Après des études et un passage en Europe, il tient cet hôtel, rustique et propre, pour le compte d'un propriétaire éloigné. La clientèle y est mitigée: locaux et routards s'y côtoient discrètement.
Je le trouve plutôt franc: il n'y a apparemment pas de sujets tabous avec lui! C'est un musulman pratiquant, mais sans ostentation; il nous montre des photos de sa "femme" en Allemagne: peut-on vivre comme ça, si éloignés ?
Il nous trouve une combine pour planquer les motos chez un propriétaire de chiens de chasse au sanglier (dans les marais d' el Faouar) : les pauvres bêtes, les maigres lévriers sloughis prisés ici, assistent silencieusement de leur cage au parcage des motos. La remorque est amenée dans un garage au sud de la ville: super !
Le restaurant au rez de chaussée est du même acabit, salle à la tunisienne (meubles plastique , néons...), mais il y a une arrière salle avec tapis et coussins où l'on sert un repas à un groupe de touristes trekkers: j'apprendrais le lendemain que leur guide est Abdallah, ex-barman au camping désert-club de l'italien.
Comme je ne l'avais pas reconnu, j'irai lui dire bonjour le lendemain, mais il est sur un départ de randonnée, et nous ne pourrons nous parler; dommage: « bizeness is bizeness ». Il nous avait beaucoup appris sur les appellations locales autrefois.
On traine toute la matinée à nous préparer, et arrive un moment où il faut lever le camp!
François décide de partir par la piste de bir el hadj Brahim, puis celle du Djebil et ensuite Tembaïn et aouidet er Reched en direct.
C'est mou, les motos sont bien lourdes, comme d'habitude. François dépanne un gars en mobylette de quelques centilitres d'essence, à dix bornes de Douz.
On déjeune au "restau' du désert"...déserté par ses tenanciers. L'air est chaud et sec.
C'est une de ces nombreuses cahutes qui ont poussé comme des champignons depuis nos premiers passages.
Puis on contourne le Djebil par le nord et l'est, en suivant la longue barrière en construction et déjà abandonnée du "parc national du Djebil". Encore un de ces gouffres à subventions gâchées inutilement. Ce parc était censé abriter pour ré-acclimatation et reproduction des représentants de la faune saharienne régionale, disparue ou en voie d'extinction; certains parcs zoologiques européens ont fait don de couples de gazelles et antilopes telles les célèbres oryx et gazelle blanche. Mais l'enclos n'a jamais été terminé.
Quelques jours plus tard, nous croiserons des traces de gazelles avec Hamet, sans voir les bêtes.
Cette année, nous aurons vu moins de faune qu' auparavant: des fennecs, des gerbilles, des faucons...Il faut dire qu'à quatre on fait plus de bruit, qu'on a plus roulé qu' habituellement, et la présence de nombreux nomades exerce probablement une certaine pression sur la faune.
François nous fait prendre par un plateau rocailleux pour redescendre par la falaise sud-est: nous trouvons une descente en sable qui nous amène dans la plaine, de plus en plus ensablée.
Ensuite, c'est l'entrée dans l'erg, en direction de Tembaïn: nous croisons de curieux petits 4x4 italiens qui se suivent à la queue leu leu ; on dirait des scarabées. Un petit salut et en selle !
François a tendance à tracer un peu vite, et les plantages épisodiques des uns ou des autres font qu'on le perd de vue; pas très bon tout ça, ni pour lui ni pour nous. Il suffit de s'assommer derrière une dunette cinquante mètres à côté de la trace principale pour ne pas être retrouvé tout de suite par les copains: ce ne sont pas les traces qui manquent ici, et nous ne sommes pas des guerriers sioux ! On règle ce petit problème et on continue à un rythme "pépère".
Dans la plaine de Tembaïn, je perd ma batterie de secours pour l'appareil photo numérique (APN): étourderie lourde de conséquences: deux jours plus tard je serais privé de photos, ce qui est dur à avaler pour moi...autant priver un chien de son os !
Mes rapports avec les apn étaient faits de méfiance jusqu'à ce que je cède à la mode, maintenant c'est une franche hostilité ! Fort heureusement, Alain y suppléera avec le sien, et nous complèteront le reportage avec pas mal de photos et quelques vidéos sympas (un franchissement de sommet de cordon de dunes, une séquence "au cul" du 4x4...).
On poursuit jusqu'à 17H30, et nous plantons le bivouac du soir: jolie plaine au plein soleil de fin de jour, sans vent; François en profite pour tester le téléphone satellite Thuraya ; l'accrochage du satellite est rapide (il faut parfois recommencer la procédure), et on peut même y mettre sa carte "sim", pourvu que l'on ait souscrit le forfait international; la qualité des voix est la même que chez soi !
Etonnement de Didier dans ses notes: "François et Alain font tente séparée !"
C'est un début d'explication à leur chargement monstrueux...
Après une première nuit à la belle étoile (sous une bâche, pour le froid et la rosée), nous filons toujours vers le sud et haouidet er Reched. C'est un beau et long parcours, avec une succession de nombreux franchissements et beaucoup d'observation pour passer les cordons de dunes successifs.
Il ne faut penser à rien d'autre qu'avancer et économiser son énergie: surtout ne jamais gamberger, même quand les évènements se mettent en travers. Je sais bien qu'au Sahara ça peut changer très brutalement et la balade sportive se transformer en méchante galère...mais ça n'a jamais été le cas cette année.
Nous arrivons sur haouidet er Reched par l'ouest, le point de vue change des passages précédents.
Il y a un groupe de "trekkers" et des chameliers sur place. Tous le monde se jette dans la baignoire, la tête sous la douche chaude: c'est très relaxant, trop relaxant...

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