"balade dans le Grand Erg Oriental"
ou l'on rêve parfois de lieux au nom évocateur...

"Onze heures du matin , une quarantaine de kilomètres au sud d'el Faouar . Le soleil blanchit le paysage , à la limite du supportable . Les chutes chutese font plus fréquentes , on ne distingue plus le relief .
Je viens de caler pour la énième fois dans une succession de petites dunes : le démarreur reste muet . Une bouffée d'angoisse m'envahit . Je commence à regretter d'être parti sur cette moto sans kick...
On sort les outils et le matériel de bricolage, prêts à tout pour ne pas abandonner la moto ici , impossible à déplacer avec ces kilomètres carrés de sable mou alentour.
A tout hasard , je souffle plusieurs fois dans les contacts .Essai. Miracle , ça fonctionne ! Allah est grand .
Didier propose qu'on s'arrête pour la pause de midi sous un de ces maigres buissons d'acacias . J'accepte avec joie.
Nous avons aperçu des nomades à la halte de midi avec leurs chameaux. Nous sommes à quelques centaines de mètres , mais aucun de nous deux ne bouge , trop écrasé par la chaleur. La conscience de leur présence nous suffit...
C'est notre deuxième jour de route depuis Douz près de DOUZet son animation , et nous sommes dans un autre monde.

chapitre un: première incursion dans le Nefzaoua

Première incursion dans le Nefzaoua
Le "grand départ" , comme toujours , avait été mouvementé : vendredi après le boulot, je réunis en hâte mes affaires, finis le chargement des motos et du matériel, et file chez Didier près de Marseille .
Samedi matin, c'est l'embarquement sur le Ferry puis l'appareillage ! La mer est belle, et on oublie rapidement son petit quotidien : l'arrivée en Tunisie est pour demain, d'ici là, dodo, farniente, bouffe, dodo..., bref, les vacances .
On croise quelques habitués des raids qui partent seuls, ou en groupes plus ou moins importants . Des informations circulent, des tuyaux, des anecdotes ... sympathique routine.
Cette année nous donnons dans la croisière : cabine pour deux, dîner au restaurant avec serveurs, convives à qui l'on fait la conversation . Le soir nous délaissons la piste de danse.
On en profite pour examiner un peu les cartes malgré "un vieux fond de mal de mer ": la fatigue qui remonte sans doute.
Dimanche matin c'est l'habituel pensum de l'attente à la douane Tunisienne, ou nous évitons de peu la tuile grâce à la compréhension d'un lieutenant des douanes qui accepte de nous laisser passer avec un papier manquant pour la voiture ! Première marque de la gentillesse Tunisienne .
La suite, c'est sept heures de route non-stop jusqu'au camping Desert club de Douz : une "purge", mais qui nous permet de profiter d'un bon repas familial italien le soir même : viva italia ! Nous sortons les deux motos en pièces détachées de la voiture, sous les yeux éberlués de trois motards allemands qui campent à côté . Une heure plus tard, elles ont repris un aspect dr350 raidà peu près normal, et nous allons dormir.

Lundi 14, 10 heures, nous sommes fin prêts .
Nous discutons avec un groupe d'italiens qui sortent du désert, un peu abattus : ils ont buté sur de grosses difficultés et nous apprenons la mort d'un motard de leurs compatriotes la semaine précédente. Ils nous enjoignent gentiment d'être prudents : ça va, on avait compris...
Après un détour par le poste d'essence, j'arrête près d'une épicerie pour les dernières courses : dattes, sucre, sel, et sous les yeux interloqués de Didier, 4 kgs de farine ! "tu comprendras " : paquets bien encombrants que l'on case ou l'on peut .
Nous cherchons un marabout dans la palmeraie : il pourrait nous servir de point de repère pour étalonner les coordonnées géographiques des cartes soviétiques avec nos GPS . Rien . Tant pis , on s'en passera . Plein sud !
Le soleil est déjà haut et nous attaquons les premières dunes, aveuglantes de blancheur .
Une végétation clairsemée leur succède, avec un maigre bouquet sud DOUZde palmiers de temps à autre . Nous faisons une pause-dattes arrosée d'un honnête coup d'eau : quinze kms et on crève déjà de soif : les "téméraires sahariens" se font déjà plus modestes.
Il faut avouer que malgré tous nos efforts de préparation les motos s'avèrent assez lourdes à piloter sand surf.
Ca et là des vestiges de présence humaine : vers Aïn mansour nous trouvons puits et "sources" (?) à sec et une maison en banco, en ruine . Elle abrite deux grosses jarres jarres en terreenterrées pour conserver l'eau . Des nomades parcourent encore la région, avec chèvres, moutons, chevaux ou ânes. Leur moyen de transport favori est ici la charrette, qui passe presque partout.
Les cordons de dunes succèdent aux cordons de dunes, plus ou moins élevés et pentus, plus ou moins espacés, plus ou moins mous .sable MOU!.
De temps en temps , nous chutons, en essayant de ne pas rester sous la moto : si loin de tout, à deux , la blessure grave est absolument interdite .
Il faut sans cesse se concentrer, économiser ses forces en pilotant le plus proprement possible : tout ensablement planté !est immédiatement sanctionné par une séance de poussette épuisante, qui de plus n'arrange pas la mécanique .
Au soir nous cherchons en vain un puits et une oglat mentionnés sur les cartes : ce n'est guère rassurant pour la suite, car nous comptions nous réapprovisionner en eau tout au long de notre progression vers le sud . Je commence à me demander si les cartes soviétiques utilisent une référence géodésique proche du WGS84 de mon GPS : nous aurions vraiment dû faire cette mesure AVANT de partir : toute faiblesse se paye toujours, surtout ici .
Tant pis, ce soir nous bivouaquons bir el groujimadans un oued magnifique, avec du bois à profusion . Nous mangeons chaud et la kessera, la galette de pain cuit dans le sable, a un goût merveilleux : Didier est épaté.
Tiens, qu'est-ce que ce grondement lointain ? on dirait ...un véhicule ? Ca semble provenir de nos traces de cet après-midi .
Tout en préparant le repas et le bivouac, nous tendons l'oreille . C'est de plus en plus proche et précis : un ou même plusieurs véhicules, qui viennent dans notre direction avec de puissants moteurs réductés : des camions ? l'armée ?
Ils doivent s'amuser s'ils suivent nos traces : par moments nous "tirions" tout droit perpendiculairement aux vagues de sable !
Le bruit est de plus en plus fort et devient carrément impressionnant dans cette solitude : on dirait une véritable colonne motorisée : le fantôme de l'Africa korps ou du Long range desert group ?!
Un moment après, une vingtaine de 4x4 débouchent dans l'oued et viennent droit sur nous : le toy' de tête s'arrête à notre hauteur, quasiment au milieu de notre campement ! Son chauffeur, chèche sur la tête, nous apostrophe en nous demandant si nous savons ou nous sommes et ce que nous f...... là : on lui répond laconiquement que oui ...et il finit par baisser le ton ; il nous demande si nous avons des gps et si tout va bien : je lui indique le nom du lieu et qu'il ne s'inquiète pas pour nous . Quelle est la raison de ce comportement ? Ces professionnels Tunisiens du raid doivent voir toutes sortes de gars plus ou moins bien préparés, et puis il y a eu quatre morts la dernière quinzaine, et enfin on leur enlève un peu de boulot à ces guides, avec nos cartes et nos gps...et puis le bougre est peut-être un peu agacé par notre trace "tout-droit" qui lui a donné bien des soucis à suivre !
C'est le problème des guides locaux : aucun ne sera jamais capable de nous guider en moto, sans le "fil à la patte" d' un 4x4. C'est un peu dommage, mais tant pis .

 

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